Sunday, February 19, 2006

Leçon 1. Au coeur technique du monde occidental

CM L3
© 2006 (Les textes publiés peuvent être partiellement cités à condition de mentionner le nom de l'auteur et sa source. En revanche, la reproduction intégrale des articles doit être soumise à l'autorisation expresse et préalable de l’auteur.)

Leçon 1. Au cœur technique de la pensée occidentale

« Le conflit n'est pas entre la pensée et la vie dans l'homme, mais entre l'homme et le monde dans la conscience humaine de la vie. » Georges Canguilhem, La pensée et le vivant.

Le but de cette première leçon est de vous donner une vision d’ensemble. Je me propose, en premier lieu, de dresser un tableau rapide des trois notions : progrès, nature, technique (I). Puis, nous rappellerons les postulats qui guident l’ensemble de cette réflexion sur l’histoire des techniques (II). Enfin, il m’a semblé indispensable, pour que vous puissiez avoir une vue d’ensemble de la matière dès ce stade, de vous présenter rapidement les écrits qui ont constitué des jalons importants pour la compréhension de la relation entre nature et technique (III).

I. Des notions à penser historiquement

Je commencerai par poser une référence bibliographique et opérer une mise en garde. La référence bibliographique tout d’abord. Il existe un ouvrage utile pour qui s’intéresse à ces questions. Il s’agit de l’ouvrage de Jean-Yves Goffi, intitulé Philosophie de la technique, paru en 1988 aux PUF dans la collection Que sais-je ? (n°2045). Même si je ne partage pas l’ensemble des points de vue développés par l’auteur, en particulier, la distinction faite par l’auteur entre « penseurs technophiles » et « penseurs technophobes » qui présente l’inconvénient d’enfermer certains auteurs dans des cases qui mettent bien mal en valeur la richesse de leurs travaux, je ne saurais trop recommander ce petit ouvrage, très utile pour faire rapidement de tour de la question d’autant qu’il est simple et bien écrit.

La mise en garde, maintenant. Je serai moins élogieuse pour l’ouvrage de Pierre-André Taguieff, intitulé Du progrès, Biographie d’une utopie moderne, chez Librio et disponible à petit prix dans les grands magasins. Un regard rapide donne à penser qu’il s’agit d’une œuvre d’historien, d’une analyse historique : les citations abondent pour étayer le propos, ainsi que les références aux ouvrages anciens. Mais c’est trompeur. Le propos de Pierre-André Taguieff est unilatéral et les citations, certes abondantes, sont là exclusivement pour servir la thèse qu’il défend. Aucune thèse contradictoire n’est analysée, ni même présentée, encore moins les sources qui infirmeraient le propos n’ont été recherchées. On l’aura compris : il s’agit d’un pamphlet. L’ouvrage peut certes nourrir une discussion politique. Mais je vous mets en garde pour son utilisation dans le cadre d’une réflexion historique.

A/ La Technique

Nous avons vu ensemble dans un premier cours sur les systèmes techniques comment aborder et comprendre cette notion. Il ne sera donc question ici que d’un rappel de ces notions que nous avons approfondies précédemment. Quatre éléments doivent être soulignés :

1) La technique est un fait humain

Nous nous plaçons ici au plan anthropologique, c'est-à-dire dans ce qui constitue le fondamental de l’homme, ce qui définit l’être humain, ce qui le caractérise et le situe dans la classe des êtres vivants, ce qui fait qu’il est humain fondamentalement au-delà de toute distinction géographie, culturelle, historique, sociale. Il se trouve que la relation de l’homme à la technique relève de l’anthropologique. L’homme est, dans son essence, un être technique. Qu’il soit Faber ou Sapiens, l’être humain est également Technicus. C'est-à-dire que la technique est le seul moyen qui lui est donné d’agir sur son environnement, comme le rappelle judicieusement le mythe de Prométhée. Technique et capacité d’agir, techniques et processus d’action sont liés indissociablement au point qu’ils sont le plus souvent confondus.

Ceci dit, le fait et la conscience que l’on a de ce fait ne doivent pas être confondus. L’homme est un être technique, mais il n’en a pas obligatoirement conscience. Le mythe de Prométhée, dont on peut considérer le signe d’une prise de conscience de cette relation fondamentale à la technique, vient relativement tardivement dans l’histoire du monde occidental, par rapport à d’autres mythes ; de surcroît, contrairement à d’autres mythes, il n’est pas universel, loin s’en faut, contrairement aux mythes et récits qui intéressent la filiation et la transmission. Cela donne deux directions complémentaires à l’histoire des techniques : d’une part, suivre l’évolution des techniques proprement dite, dans la société, le lieu et le temps observés ; d’autre part, comprendre comment s’établit culturellement la relation à la technique de cette société, en ce lieu et en ce temps donné : les représentations qu’elle s’en donne ou ne s’en donne pas et s’il y a relation culturelle à la technique, les formes prises par cette relation : mythe, récit narratif simple, juridicisation c'est-à-dire insertion dans le mode de pensée juridique et/ou dans l’organisation, la définition du Droit ; socialisation, hiérarchisation sociale. L’approche portera aussi sur le sens donné à cette relation si elle apparaît : acceptation, sacralisation ou au contraire, refus, déni. L’approche s’en fera en terme d’évolution : on recherchera le moment où la conscience d’une relation à la technique émerge, se formalise ; on cherchera à en comprendre les raisons ; on évaluera l’évolution éventuelle de cette relation, en positif, en négatif. Nous sommes là dans les fondements de l’histoire culturelle des techniques.

2) La technique accroît simultanément l’ordre et le désordre

Ce point a été bien mis en évidence par Hélène Vérin dans ses travaux sur l’entreprise. L’entreprise, en tant qu’institution sociale dédiée à la production, à la fois contribue à établir un ordre, cet ordre nécessaire précisément à l’activité de production ; à la fois est facteur de déséquilibre social. Il en résulte la nécessité permanente de réduire cette tension entre ordre et désordre, soit par une action interne, propre à l’entreprise, soit par une action externe, relevant de la société, et le plus souvent des deux. Ce qui vaut pour l’entreprise, vaut également pour les techniques. Parce qu’elle est un mode de régulation, d’action, d’intervention entre l’homme et son milieu, la technique est facteur d’ordre. Platon le relevait en calquant le modèle de la Cité sur l’action du « technicus », l’architecte ou le pilote tout particulièrement. Columelle l’observait lorsqu’il vantait les bienfaits de l’agriculture. Diderot, au XVIIIe siècle, en fera de même, lorsqu’il recommandera aux savants d’observer davantage et d’analyser ce qui se passe dans les ateliers. La pensée technocratique, qui réfute le politique, considérée comme naturellement fauteur de désordre, au profit d’une pensée technique « pure » susceptible, au nom de l’efficacité, de remplacer le politique, s’appuie sur cette capacité ordonnatrice des techniques, en y ajoutant l’apparente neutralité dont on pare aisément le fait technique.

Ce que les technocrates oublient, c’est qu’il n’est de fait unilatéral. L’ordre inhérent aux procédures de décision, aux procédures d’action est en soi également facteur de déséquilibre. Déséquilibre physique du fait de la modification du milieu « naturel », de l’environnement ; déséquilibre social, du fait des modifications dans l’ordre de la richesse, du savoir, du pouvoir ; déséquilibre anthropologique, du fait de la possible désacralisation, etc… Sans bien évidemment parler des guerres. C’est là une réalité que l’on connaît bien de nos jours, une réalité envahissante même, bien qu’elle ne soit pas ou peu relié à la technique : il est plus habituel, plus aisé culturellement d’incriminer le social ou l’institutionnel comme fauteur de déséquilibre. Cette réalité est aujourd’hui est à ce point envahissante qu’on tend à négliger le caractère ordonnateur des techniques, une réalité difficile à assumer, il est vrai, du fait des excès commis par la technocratie, et les crimes contre l’humanité qu’elle a commis durant la seconde guerre mondiale notamment.

3) La technique est un système irradiant

Si la technique est facteur de désordre, c’est en partie parce qu’elle est un « système irradiant ». Cette notion, empruntée à François Dagognet, est là pour signifier que toute technique, lorsqu’elle apparaît, ou lorsqu’elle se renouvelle, provoque l’apparition ou le renouvellement de techniques voisines. IL y a irradiation du progrès technique. Ce phénomène a également été appelé « innovations en grappes ». Attention, toutefois, il ne faut pas obligatoirement penser cette capacité du renouvellement à se propager en termes de systèmes. En particulier, il ne faut pas déduire de cette capacité, ce modèle économique, qu’on appelle « diffusionniste ». La propagation du renouvellement technique ne s’effectue pas nécessairement d’un centre (le pays initiateur) vers une périphérie (les pays récepteurs). Contrairement à ce que pense spontanément les sociétés issues de l’occident industriel, on rencontre souvent dans l’histoire des phénomènes de « multifocalisation ». Plus que d’un centre vers une périphérie, le renouvellement technique tend à s’effectuer à partir de plusieurs foyers, et à irradier à des vitesses diverses de propagation, à partir de ces foyers.

4) La technique est autonome

Postuler l’autonomie de la technique, c’est postuler la capacité des techniques à se développer selon leur propre logique et leur propre rythme, et, en tout état de cause, en des logiques et selon des rythmes différents des autres domaines qui structurent une société : les domaines religieux, politiques, sociaux, culturels, économiques, etc. Cette autonomie de la technique et la condition nécessaire et suffisante pour leur observation historique. Mais autonomie ne signifie pas enkystement. Le travail de l’historien consistera donc à isoler cette ligne de développement propre à la technique des autres lignes de développement : religieux, culturels, économiques, financiers, etc…, à en expliquer les modalités, à juger de son dynamisme propre et de sa capacité à entraîner les autres domaines de la sociétés ou au contraire de la capacité de tel ou tel autre domaine de la société à l’entraîner, à lui conférer une dynamique. A tel moment de l’histoire d’une société, le politique sera l’élément dynamique, à tel autre moment, ce sera l’économique ; il peut arriver aussi que ce soit le technique. Cela vaut tout particulièrement pour la distinction entre l’évolution technique et l’évolution économique. Les crises techniques n’ont pas les mêmes modalités, et ne se résorbent pas de la même manière que les crises économiques.

B/ La Nature

Il convient de relativiser deux opinions courantes, qui sont susceptibles de gêner l’approche historique.

1) Relativiser l’opposition Nature/Culture

Opposer Nature à Culture est devenu habituel, depuis les travaux de Claude Levi-Strauss. Et, de fait, opérer cette distinction s’est révélé d’une grande richesse heuristique, pour décrypter les modes de fonctionnement de la parole mythique. Il apparaît maintenant, tout particulièrement avec les travaux de Philippe Descola, que cette opposition doive être relativisée. A condition de considérer sour le terme « culture », le système symbolique dont s'environne tout groupe humain, système organisé qui se transmet et qui sert à organiser les relations au sein du groupe et du groupe avec l'environnement. Elle est donc à la fois (selon les actes du colloque) une représentation, comme construction du réel ; une configuration sémiotique, comme ensemble de règles et de codes ; une dynamique concrète, comme pratique sociale de l'expérience collective d'une société donnée. Plutôt que de considérer l’opposition entre Nature et Culture, il est préférable de considérer que l’homme est, par nature, un être de culture. S’il y avait une opposition à approfondir en termes historiques, ce serait l’opposition entre Nature et artifice, qui a structuré le mode de pensée occidental, et qui a fait l’objet de discussions importantes et de nombreuses argumentations à l’époque qui nous occupe.

2) Relativiser l’emploi du terme Nature

Précisément, l’opposition entre Nature et artifice revit de nos jours, sous la forme revendiquée, voire fantasmée, de la nécessité d’un « retour à la Nature ». Ce qui est sous-entendu ici, est une source de retour aux origines, un retour vers une pureté originelle qui serait celle de la Nature primitive, ou tout simplement campagnarde, par rapport au monde pollué des villes et du péri-urbain industriel. Deux choses ici sont à bien considérer : a) Les travaux en cours sur l’archéologie du paysage et l’histoire de l’environnement met en évidence combien la nature qui nous entoure est à peu près totalement anthropisée. A l’exception de quelques lieux totalement isolés, ou de lieux ayant subi une déprise au XXe siècle et en cours de reboisement, de reconquête par le végétal, le paysage dans lequel nous évoluons actuellement est le fruit d’une mise en valeur qui date pour une grande part de l’époque médiévale ; b) L’idée même de nature, comme l’a bien montré, Robert Lenoble, n’est pas « naturelle » ; elle est le fruit d’une acquisition historique qui s’est effectuée tout particulièrement au XVIIIe siècle. Un rapprochement peut être fait, au minimum communauté de temps et de culture, avec le mouvement de pensée qui a fait émerger le « paysage » dans l’intellectuation.

C/ Le progrès

Ce qui sera dit ici relève de la « généalogie du sujet », chère à Lucien Febvre, cette approche préliminaire, qui consiste à comprendre d’où vient la notion et la question que l’historien se pose, quelle est son histoire. Indispensable à toute étude, elle permet à l’historien de se dégager autant que faire se peut, des présupposés, des lieux communs qui environnent la question, encombrent et gênent l’interrogation.

Précisément : le progrès est l’une des notions qui a structuré la pensée occidentale en général, et la culture française en particulier. On en prendra pour preuves la manière dont s’est structuré le domaine historique, non sur des thématiques, mais sur un découpage chronologique qui s’est démarqué de l’évolution politique pour adopter des critères évolutifs : Renaissance, époque moderne… dont il ne faut pas être totalement dupe. Ce pourquoi, je présenterai rapidement deux approches du progrès, l’une proposée par Jacqueline de Romilly dans son article, « Thucydide et la notion de progrès », qui a bénéficié récemment d’une réédition, l’autre proposé par Henri-Irénée Marrou, dans une analyse qu’il a faite du progrès dans l’œuvre d’Augustin.

1) Les Grecs croyaient-il au progrès ?

L’intérêt de l’analyse de Jacqueline de Romilly, j’entends l’intérêt pour nous, dans le cadre de ce cours, est qu’elle distingue un moment singulier, le Ve siècle, durant lequel, le progrès a été perçu différemment. Différemment par rapport à l’avant, et différemment par rapport à l’après. Car, les Grecs, précise-t-elle d’emblée « n'ont jamais senti le temps comme une perspective ascendante ouverte aux créations humaines. Le monde était pour eux essentiellement stable. Et s'ils parlaient d'évolution, c’était en termes de décadence. Décadence, depuis cet âge d’or décrit par Hésiode, « le premier des textes littéraires relatifs à l’histoire de l’humanité ». Ce thème a jalonné la pensée ancienne, de Platon à Virgile.

A une exception : le Ve siècle. « Le Ve siècle change tout, remue tout ; et l'écho de ces découvertes se fait sentir chez presque tous ses représentants…Peut-être est-ce l'élan de la victoire remportée sur les Mèdes, et la joie d'une cité dont la puissance s'épanouit. En tout cas la littérature athénienne au Ve siècle, s'émerveille tout à coup devant les richesses étonnantes de la civilisation humaine. Il y a, éparses chez les auteurs, de nombreuses notations relatives aux inventions et aux inventeurs de tout ce qui constitue la civilisation : il y a aussi l'idée de ces inventions formant un tout, une suite. Et par contrecoup, mesurant le progrès accompli, les auteurs n'ont pas de couleurs trop noires pour évoquer les premiers âges humains. » Alors, le thème émerge de la misère des temps anciens, décrits en termes de confusion de bestialité et de vie disséminée. La présence de développement similaire chez un peu tous les penseurs, démontre l'existence d'un courant de pensée et d'une mode. Ainsi, l'auteur du traité hippocratique sur l'Ancienne médecine qui pourtant refusait les innovations de nombreux médecins contemporains, parle constamment de recherches, d'inventions, de découvertes : « la façon de vivre actuelle, on ne l'a découverte et élaborée selon moi, que dans un longue période de temps. »

Jacqueline de Romilly montre alors, au travers de l’œuvre de Thucydide, la présence de ces idées nouvelles, puis leur déclin, et le retour vers l’appréhension du passé récent, celui de la gloire athénienne, ce que nous appellerons « le siècle de Périclès », comme un nouvel âge d’or.

Les idées nouvelles sont présentes tout particulièrement dans le texte de Thucydide connu sous le nom d’Archéologie. Dans l’Archéologie, « le problème est simple » : « la thèse soutenue par Thucydide est une affirmation claire, cohérente et sans ambages, du progrès. » Les progrès s’y succèdent sous la forme, non d’une série d’inventions successives isolées les unes des autres, mais d’une évolution continue et générale, entraînant tout, toujours dans le même sens. La confiance éclate pour une méthode nouvelle fondée sur la raison, en des termes « étrangement voisins » de ceux qu’emploie l’auteur de l’Ancienne médecine célébrant la recherche médicale et les découvertes de la médecine. Le vocabulaire est le même, et par-delà le vocabulaire, l’idéal scientifique.

Il en va différemment dans la Guerre du Péloponnèse. Car, l’historien, qui ne parle jamais de « technè politikè », ne croit pas au progrès moral ; et à l’instar de la plupart des auteurs du Ve siècle, y compris ceux qui parlent de progrès, jamais, il ne considère l’avenir. « Son œuvre nous montre jusqu’où un homme de cette époque pouvait mener l’idée du progrès ; mais elle nous montre aussi où se fait le retournement, dont l’effet se fera sentir dans tout le IVe siècle. » Dans son grand-œuvre, Thucydide ne dit pas explicitement que le progrès se retourne contre l’homme. Il le montre. Il montre que le progrès des techniques militaires aboutit au progrès des guerres et que la guerre est un maître violent, dont les effets sur l’homme sont désastreux. Pour lui, cela relève de la nécessité, de l’anagkè. Ce même besoin qui stimule le progrès technique devient l’agent de la démoralisation humaine. « Non seulement Thucydide ne suggère nulle part l’idée d’un avenir ouvert, mais qu’encore, les faits qu’il rapporte, le vocabulaire qu’il emploie, les arguments qu’il prête à ses orateurs, tout implique résolument l’idée d’une grandeur vouée à périr, d’une grandeur suivie de décadence. ». Cela ne le rend pas pessimiste. La pensée fondatrice est celle du balancement apogée / déclin.

2) Le Progrès chez Augustin

La caractéristique de la notion de progrès répond à une logique téléologique. Elle place l’avenir dans une position de perpétuelle amélioration. Mais, là encore, rien d’inné, bien au contraire. La notion de progrès puise pour une part non négligeable, sont origine dans la pensée chrétienne, qui en a étayé l’élaboration et dont elle s’est nourrie. Henri-Irénée Marrou analyse la notion de progrès chez Augustin (354-430). Pour l’évêque d’Hippone, dont le grand œuvre, rappelons-le La Cité de Dieu, a été le fruit du sac de Rome par les Goths en 410 et du choc culturel provoqué par ce désastre, le progrès, c’est la croissance spirituelle de l’humanité, sa capacité à s’orienter vers le bien, vers le bonheur, le salut. « C’est le premier sens donné à l’histoire », conclut H. –I. Marrou.

Cette notion du progrès, telle que la théorise Augustin, concerne à la fois l’individu et la collectivité, plus exactement elle concerne l’individu en tant que partie intégrante d’un corps, d’une communauté. D’où il résulte que le progrès est nécessairement harmonieux ; il engendre l’harmonie.

Mais Augustin reste un homme de son temps. Il n’y a pour lui de progrès que spirituel. La philosophie d’Augustin est une philosophie de l’essence, une philosophie de l’être et non une philosophie du devenir. Les œuvres de l’homme sur terre ne sont, en regard, que des « instrumenta temporalia ».Elles servent à réaliser le projet divin, savoir le salut de l’humanité, qui se matérialisera lors de la « parousia », le retour glorieux du Christ sur terre.

II. Les postulats de travail

Les postulats qui fondent ce cours sont donc les suivants :

A/ le progrès est à la fois un fait et une notion

Et cette notion est susceptible de se transformer en idéologie. L’hypothèse à vérifier à ce propos est la suivante : a) il y eut d’abord prise de conscience progressive qu’un progrès est possible historiquement, b) cette idée première s’est transformée en cette autre idée qu’une société évoluée, digne d’être considérée comme telle, est par essence, intrinsèquement, une société qui progresse ; c) cela a conduit à cette troisième idée selon laquelle le progrès fonde l’évolution des sociétés.

B/ L’émergence de cette notion s’inscrit au cœur d’une réflexion historique entre nature et technique

C’est le fruit d’une analyse historiquement datée, historiquement développée de la relation établie par les hommes entre nature et technique.

C/ La prise de conscience de l’action technique de l’homme, de sa relation technique à son environnement, de la nature même de la technique, s’est effectuée principalement entre XVIe et XVIIIe siècle.

Cela ne signifie pas qu’une telle réflexion n’a pas existé auparavant. Cela signifie que c’est à ce moment, dans ce laps de temps, que cette réflexion s’est structurée de manière massive, au point de devenir un mode de pensée, une manière de penser le monde, une philosophie active en somme, qui deviendra ensuite, au XIXe siècle, la « philosophie spontanée » des acteurs du développement industriel, entrepreneurs, administrateurs, penseurs, gouvernants.

III. Survol des écrits fondateurs

Il n’est pas question ici de « bibliographie » au sens habituel du terme. Vous trouverez la liste des ouvrages contemporains qui traitent des diverses questions en tête de chacune des leçons, et je prendrais alors le temps de vous les présenter. Tout juste, je vous propose un survol des grands écrits philosophiques qui ont jalonné cette histoire de la relation Nature / Technique / Progrès et qui ont contribué à la constituer, du XVIe siècle à nos jours. Je me contenterai ici de présenter chacun d’eux d’un courte paragraphe, pour situer leur importance, et attiser votre curiosité, du moins je l’espère.

A/ Entre XVIe siècle et XVIIIe siècles : le renversement

Ce moment de la pensée européenne fut par excellence celui du renversement de la relation Anciens-Modernes, que marque en France la Querelle des Anciens et des Modernes, à la fin du XVIIe siècle.

Francis Bacon. 1561-1626. Homme d’Etat et philosophe. Son ambition a été de rompre avec la tradition aristotélicienne et scholastique. Il a renouvelé l’ordre des sciences en proposant une classification basée sur la distinction des facultés de l’âme : histoire (mémoire), poésie (imagination), philosophie (raison), et il a fait de la connaissance scientifique la recherche des causes naturelles des faits. Peu connu chez nous, Bacon est un penseur majeur du monde anglo-saxon, l’équivalent de Descartes dans la culture française. Dans son essai, De augmentiis…, qui fut d’abord écrit en latin, puis en anglais (Of advancement of learning), il définit le progrès technique, et le présente comme le fondement des progrès réalisé par l’humanité.

Diderot. 1713-1784. Diderot s’est appuyé sur la pensée de Bacon lorsqu’il s’est lancé dans l’entreprise encyclopédiste. Considérant ce qui était selon lui l’infinie capacité des techniques à s’améliorer, il a préconisé la mise à disposition des techniques par le biais de l’écrit, et la mise au point d’écrits qui les décrivent de manière raisonnée, dans une perspective qu’on qualifierait aujourd’hui de « technologique ».

Condorcet. 1743- 1794. Condorcet est entré à l’Académie des Sciences en 1769 après avoir écrit un Essai sur le calcul intégral (1765) et un autre sur Le problème des trois corps (1767) ; il en devint le Secrétaire. Disciple des physiocrates, il rédigea les articles d’Economie politique dans l’Encyclopédie. Député à la Législative et à la Convention, il fut l’un des artisans de la constitution Girondine, et proposa un projet de réforme de l’instruction publique. Dans l’Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit humain, écrit alors qu’il se savait condamné par les Montagnards, il défend l’idée du développement indéfini des sciences, et déplace la capacité à progresser de la matérialité technique vers l’aptitude intellectuelle. Le progrès devient « perfectibilité ».

B/ Au XIXe siècle : l’unilatéralité

Siècle de l’industrie triomphante, le XIXe siècle fut aussi celui du positivisme, du rationalisme, et de la foi sans faille en la capacité des sociétés à progresser, grâce à la science.

Henri (Comte de) Saint-Simon. 1760-1825. St-Simon a plaidé pour une société fondée sur la science, la technique et l’industrie. Fondateur de la pensée « industrialiste », il a profondément influencé l’action des ingénieurs, entrepreneurs, hommes d’Etat (Napoléon III) et « intellectuels » du XIXe siècle. C’est à Saint-Simon que l’on doit, entre autres, le terme prolétariat.

Auguste Comte. 1798-1857. Polytechnicien (1814-1816). Secrétaire de St-Simon (1817-1824). Comte considère qu’il faut réorganiser la société en faisant de la politique une science positive appuyée sur l’étude des lois qui régissent les faits. L’évolution sociale, à ses yeux, se suit trois stades : le stade théologique et militaire, le stade métaphysique et légiste, le stade positif et industriel. Comte évolua vers un positivisme religieux, avec la devise « l’Amour pour principe, l’ordre pour base, le Progrès pour but ». Philosophie ambiante des XIXe et XXe siècle, fille du St-Simonisme et son complément, la pensée positiviste lie le progrès au développement de la pensée scientifique, dont il fait la référence absolue aux dépens de tout autre mode de pensée, jugé inférieur, y compris notons-le, la pensée technique, ravalée au rang d’application de la science.

C/ Au XXe siècle : la déstabilisation

On mesurera à l'énoncé combien les philosophes du XXe siècle ont travaillé à briser le mode de pensée évolutionniste et unilatéral qui s’était développé au XIXe siècle, combien aussi, ils se sont trouvés en porte-à-faux avec l’évolution historique, y compris dans leurs choix politiques (Martin Heidegger).

Henri Bergson. 1859-1941. Collège de France, 1900-1914, président de la commission internationale de coopération intellectuelle à Genève jusqu’en 1925. Bergson propose une approche autrement plus nuancée de l’évolution, et je recommande tout particulièrement à cet égard, son recueil d’essais et de conférences, intitulé La pensée et le mouvant, publié en 1934. A contrario du mode de pensée positiviste, le philosophe défend l’idée qu’aucune considération sur l’avenir ne peut s’établir efficacement, durablement sans une prise en compte du passé.

Gaston Bachelard. 1884-1962. Postier puis universitaire, Bachelard enseigna à la faculté de Dijon (1930-1940) puis à La Sorbonne. Analysant les conditions de la connaissance scientifique, il soutint que celle-ci ne progresse que par les obstacles épistémologiques et montre qu’au monde de la rationalité, s’oppose l’univers complémentaire de l’imagination symbolique et symbolique. On lira à cet égard La psychanalyse du feu (1937) et La Philosophie du Non.

Martin Heidegger. 1889-1976. Disciple de Husserl, il eut pour élève Anna Harendt. Recteur de l’université de Fribourg-en-Brisgau en 1933-1934, il défendit le national-socialiste et adhéra au parti nazi. Dans la lignée de la phénoménologie, sa philosophie est une ontologie qui définit l’être par sa capacité à Etre-là (le Dasein), c'est-à-dire à Etre-dans-le-Monde., une philosophie du Dasein de l’« Etre-là ». C’est-à-dire que l’homme n’est vraiment homme qu’en s’assurant par la connaissance et l’action la domination du monde. Toute compréhension de l’être passe donc par une analyse de sa relation au monde, par une description de sa vie quotidienne, fondements de la temporalité et de l’historicité.

Jacques Ellul. 1912-1944. Ellul fut moins un « technophobe », comme il est trop souvent dit que le premier à avoir pensé la technique en tant que telle, à l’avoir déterminée comme principe autonome, du moins suffisamment autonome pour modifier l’environnement – ce qui est une évidence, et les modes de pensée et de structuration sociale. Le premier aussi à avoir postulé la tendance des techniques à faire système. En quoi, il inspira Bertrand Gille. Le fait que cette analyse soit considérée comme une vision négative de la technique reste à analyser.

Wednesday, February 15, 2006

Nature et technique, Introduction

Histoire de la notion de progrès, XVIe-XVIIIe siècle
CM L3

© 2006 (Les textes publiés peuvent être partiellement cités à condition de mentionner le nom de l'auteur et sa source. En revanche, la reproduction intégrale des articles doit être soumise à l'autorisation expresse et préalable de l’auteur.)

Ce cours n’est pas « internaliste », c'est-à-dire qu’il ne s’intéresse pas aux techniques en soi. Mon but, ici, n’est pas de vous apprendre le fonctionnement et l’évolution de la machine à vapeur par exemple, les modes des construction et la typologie des fours, des roues et des moulins, la manière dont on a exploité les gisements miniers et obtenu du verre, du métal, ou la mécanisation de l’industrie textile d’Oberkampf à Prouvost. Mais, il n’est pas non plus « externaliste », c'est-à-dire qu’il ne s’en tient pas aux marges de la technique : il n’a pas pour objet d’expliquer la technique, la manière dont les techniques ont progressé en se situant en dehors d’elles, à partir de l’économie ou du social par exemple.

C’est plutôt une tentative pour penser en termes d’ « Histoire culturelle des techniques », en prenant pour objet la pensée technique. La pensée technique, c’est cette manière qu’à l’homme, l’individu, l’être social, de construire un discours à propos et autour de la technique. Comment l’homme historiquement a appris à construire des énoncés techniques, comment aussi le développement technique l’a amené à modifier sa vision du monde.

Ce que je me propose de voir avec vous, c’est la manière dont s’est construite la notion de progrès, dans le monde occidental, en Europe, tout particulièrement. Voilà donc ce que je voudrais vous démontrer , chemin faisant : d’une part que la notion de progrès est une notion construite ; d’autre part, que cette idée que nous avons du progrès n’est pas un invariant, loin s’en faut. Au contraire, elle est historiquement datée, elle caractérise une façon de penser, et tout particulièrement la manière de penser du monde occidental.

J’attire toutefois votre attention sur ce fait : caractériser n’est pas obligatoirement singulariser, une caractéristique n’est pas forcément une singularité. En d’autres termes, seul une approche comparatiste pourrait dire si cette manière de penser le progrès autour du progrès technique, qui caractérise le mode de pensée occidental, l’a aussi singularisé ; si l’Occident fut seul à appréhender le progrès, et plus généralement la relation entre Nature et Technique de cette manière.

La question relève de cette période que l’on appelle en France, la période moderne. Et cela de pour deux raisons, l’une qui tient à la discipline historique, l’autre qui tient à l’évolution historique proprement dite.

Il faut plutôt se méfier de la première raison, celle qui relève de la discipline proprement dite, j’entends par là la manière dont s’est structurée en France l’approche historique. Je l’évoquerai par un exemple qui, à beaucoup d’égards, choquera. Même si cela n’est pas obligé, il est relativement naturel qu’un historien des techniques qui travaillent principalement sur le monde médiéval n’envisage pas le domaine qu’il travaille de la même manière qu’un historien des temps modernes. Ceci tient en particulier aux présupposés initiaux qui environnent l’approche historique, ces présupposés que l’historien doit mettre à jour, démasquer et dont, autant que faire se peut, il doit s’émanciper, s’affranchir.

Or, les présupposés ne sont pas exactement les mêmes pour l’histoire médiévale et pour l’histoire moderne. L’affaire est bien connue : tandis que l’histoire Moderne aborde de front le problème de la nouveauté, du renouvellement, de la modernité donc, d’où elle tire son nom, sa dénomination, l’histoire médiévale, elle, dut affronter cette idée que le Moyen Age fut une époque de moindre développement, d’étiage technique entre les hauts niveaux de l’époque romaine et ceux de la Renaissance et des Grandes Découvertes. L’idée, certes moins répandue il est vrai désormais, mais il n’est pas certain qu’elle ne soit encore opérante par une sorte de fixation historique du besoin anthropologique de sauvagerie.

Elle place les historiens médiévistes en position de défensive, de ré-estimation de la période qu’ils étudient. A l’inverse l’approche la plus courante de l’époque moderne, est celle qui la place à la fois pour une Renaissance de la pensée, et pour une époque fructueuse en découvertes et en inventions. Ainsi les modernistes auront tendance s’ils n’y prennent garde à considérer que les faits qu’ils décrivent commencent dans la période qu’ils étudient, dans une sorte de syndrome du commencement. Tandis que les historiens médiévistes auront tendance, s’ils n’y prennent garde, à démontrer la qualité inventive des acteurs de leur période.

Mais considérer l'histoire du progrès à partir de l'époque moderne tient aussi et surtout au fait que l’une des questions que s’est posée le XVIe siècle européen, fut la maîtrise, disons généralisée et laïque, des outils de pensée. Il n’est pas douteux que l’élan premier de ce mouvement de pensée fut donnée par l’imprimerie. Mais la mise au point d’une artillerie performante, canons, mousquets, arquebuse, eut aussi pour effet de renouveler l’approche technique. Ainsi, l’époque moderne se distingue-t-elle moins par sa capacité inventive, que par la mise au point d’inventions qui vont modifier de manière radicale les pratiques et les comportements, les manières de faire et de pensée : l’imprimerie au premier chef, l’artillerie aussi furent de ces innovations que les économistes qualifient d’innovations radicales ou révolutionnaires. Et, comme s’il fallait prendre la mesure de cette radicalité technique, les penseurs de l’époque moderne, on dirait aujourd’hui les intellectuels, s’essayèrent à définir la approche raisonnée de l’action humaine.

Cela se manifeste aux œuvres remarquables qui naissent alors : Jean Bodin invente le concept de souveraineté, Jean de Malestroit donne la première explication économique à la dépréciation des monnaies, Agricola écrit le De re metallica, etc.. Bacon réfléchit à l’avancement des connaissances. Cela se manifeste aussi, comme nous le verrons, à la multiplication des ouvrages qui cherchèrent à « réduire en art » des pans entiers de la pratique quotidienne, toute sorte de pratique depuis l’escrime jusqu’à la prière, la danse jusqu’à l’architecture.

Ceci dit, faut-il comprendre que tout ce qui relève du progrès, relève strictement de la construction intellectuelle, faut-il considérer qu’il ne s’agit que d’une représentation du monde ? Je ne le pense pas. En fait, du point de vue de l’histoire, ou si l’on veut du point de vue de l’historien des techniques, il faut distinguer deux niveaux de réalité. Le premier niveau est celui que l’historiographie anglo-saxonne qualifie de « factuel » : objectivement, le progrès technique existe-t-il ? Une société est-elle capable de progresser, et certaines sociétés, certaines contrées, certaines régions, nations progressent-elles plus rapidement que d’autres, à un moment donné, sont-elles susceptibles de progresser plus rapidement que d’autres à un moment donné ? La réponse est oui. Tout société avance ou recule, ou stagne sur la ligne du progrès technique, et cela de manière objective, je veux dire : qu’elle en ait ou non conscience, quelle que soit la représentation, on dira pour les sociétés complexes, l’idéologie qu’elle développe, qu’elle déploie à cet égard. Bien sur, cette relation objective, factuelle, des sociétés au progrès technique est analysable historiquement ; c’est l’un des objets, et sans doute, l’un des objets essentiels de l’histoire des techniques.

Encore convient-il de ne pas être dupe de cette aptitude au progrès. D’où la nécessité d’envisager également, de faire porter le regard historique, au-delà des faits proprement dits, sur les représentations qui environnent ces faits et les accompagnent. Ces représentations peuvent être déployées consciemment par les sociétés, mais il est tout à fait possible aussi qu’elles relèvent de l’inconscient collectif, de ce qu’une société se raconte sans complètement se le dire, sans complètement accepter qu’elle se le raconte.

Voilà pourquoi nous allons nous intéresser à la manière dont les hommes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont progressivement constitué la notion de progrès ; comment aussi cette notion de progrès a été élaborée en travaillant la relation entre Nature et Technique. Pour ce faire, nous envisagerons beaucoup de notions. C’est même l’objectif : comprendre que les notions qui environnent et structurent la notion de progrès se sont progressivement élaborées au cours des siècles en Europe. Cela n’en fait pas un cours de philosophie. L’approche est résolument historique. D’une part, parce que les outils d’analyse dont nous allons user sont les outils de l’historien et non ceux du philosophe. L’approche est chronologique et les notions sont présentées, analysées dans leur contexte historique, et non pour elles-mêmes, et ce que l’on va chercher à comprendre précisément est la manière dont elles sont le fruit du contexte historique, et comment en retour, elles ont marqué, influencé modifié ce contexte. D’autre part, parque que l’histoire est au cœur du débat : la question étant moins de savoir ce que sont ces notions en elles-mêmes, en quoi elles sont des outils de pensée (objet de la philosophie) que de comprendre comment elles se sont construites, comment elles ont été élaborées, en quoi elles ont constitué (ou non) des réponses en tout ou partie aux questions posées, ou perçues, à tel moment, comment elles ont évolué aussi.

Une autre précaution oratoire s’impose qui relève cette fois des limites données à l’étude. On ne parlera pas, ou on parlera peu des siècles de l’industrialisation proprement dite, des XIXe et XXe siècles. Il ne faudrait pas en conclure que la notion de progrès s’est construite entre XVIe et XVIIIe siècle, et qu’ensuite elle ne fut qu’utilisée. L’énoncé même de cela en montre l’absurdité : la notion de progrès n’a cessé de se constituer, de se modifier, et cela, particulièrement tout au long du XIXe siècle. On en prendra pour preuve, le darwinisme, sans doute l’une des élaborations les plus achevées en la matière. Et la compréhension de la relation de l’homme à la nature et à la technique s’est considérablement modifiée au XXe siècle. C’est donc par défaut que ne sera abordée ici que la première partie de cette histoire.